Chronique #art 20 | août 2015

par Gianni Cariani

Des accessoires décoratifs nécessaires à la condition humaine

 

Roy Ethridge, Louise with still-life, 2014

 

« Louise with still-life » propose une relecture de deux genres particuliers, les « natures mortes » et les « vanités. »

 

La vie quotidienne et les objets usuels se juxtaposent à des éléments iconiques et emblématiques de la société contemporaine. Louise est au centre dans une pose stéréotypée devant la bannière étoilée. La plastique, le sourire, l’inclinaison de la tête, la chevelure sont parfaits et standardisés. Autour d’elle, des objets : un téléphone, une carte de crédit abîmée, une bouteille plastique, un terminal numérique, une tête de mort et son haut de forme, une sorte de figurine en pâte à modeler. Le seul mouvement provient du bras replié en arrière. Si le centre est une sorte de représentation esthétisée, la périphérie est incertaine. Dans son cadre, qui occupe l’espace central, Louise est comme emprisonnée dans un carcan.

 

Il y a des limites, un territoire aux frontières clairement visibles. À bien regarder, il y a comme un court-circuit ou une piqûre de rappel. La séparation est tangible et la frontière palpable. Il y a Louise dans son cadre, l’espace délimité frontalement et un instant figé d’une part, le temps et son mouvement perpétuel d’autre part.

 

À cet instant précis, la vanité représentée par la tête de mort retrouve sa signification originelle et traditionnelle. Le caractère éphémère de la vie humaine.

Osias Beert (v. 1580-v. 1623), Nature morte aux huîtres, pâtisseries et fruits, cir. 1610, 

48,5 X 69 cm, Staatsgalerie, Stuttgart

Les biens symboliques possèdent la particularité de générer des allers-retours incessants. Entre héritage, réinterprétations, réappropriations et détournements, ils constituent des lignes de force et dressent une trame existentielle subtile.

 

Souvent perçues comme un genre mineur, les vanités, les natures mortes et autres allégories de la fortune et du temps sont un miroir curieux, parfois déformé, souvent troublant, de la condition humaine et de la représentation que se fait d’elle-même une société à un moment donné de son existence.

 

Au-delà d’une exécution et d’une maîtrise parfaites, d’une composition et d’un assemblage élégants et soignés, une forte connotation symbolique y est rattachée dépassant la simple vision du tableau et le plaisir des sens. Les dimensions allégorique, politique, sociale, esthétique et philosophique constituent alors une sorte de palimpseste pictural. La « Nature morte aux huîtres, pâtisseries et fruits » d’Osias Beert en est représentative par l’addition d’éléments symboliques antagonistes.