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Chroniques livres

« Les gens normaux évitent l’aventure

– ils ont raison. » Toine Heijmans

J'ai lu « En mer » de Toine Heijmans

par Lionel Bedin

 

 

« En mer » de Toine Heijmans

Traduit du néerlandais par Danielle Losman
Christian Bourgois éditeur, 2013

Prix Médicis étranger 2013

 

 

 

 

Donald est un homme ordinaire, qui mène une existence (trop) ordinaire, et qui a déjà subi pas mal de défaites et d’humiliations. Il a passé une partie de sa vie à « faire des choses dont je sais qu’il vaudrait mieux ne pas les faire. Mais je les fais quand même » entouré de personnes – les collègues et d’autres – pour qui « l’intrépidité ne leur est plus indispensable. Ils se passent aisément d’aventure. »

 

Un jour il se dit que « le moment d’être ambitieux m’a semblé révolu » et se demande par quoi remplacer « le bureau, les deals, les entretiens d’évaluation, ces inutiles ingrédients de la vie ». Hagar, sa femme, lui susurre que « c’est agréablement calme, tu sais, quand tu n’es pas là » ou « je voudrais tellement que tu sois un adulte. Un homme qui prend des décisions. » Alors un congé sabbatique, un voilier et quelques mois de navigation en solitaire s’imposent. Suivis de quelques jours en mer avec Maria, sa fille. Histoire de lui proposer une belle aventure, de « faire en sorte que ça veille la peine » et de montrer à Hagar « qu’elle s’est inquiétée pour rien. »

 

En mer est un roman qui raconte comment un homme se mesure aux éléments pour se confronter avec lui-même. Donald est-il capable de traverser la mer du Nord, du Danemark jusqu’en Hollande sur son voilier « vieux mais robuste » ? Est-il capable d’emmener sans risque Maria, sa fille de sept ans, dans cette aventure ? Rien de mieux que cette courte traversée pour le démontrer. Et rien de mieux qu’une bonne tempête pour savoir jusqu’où l’on peut aller. « J’allais montrer à Maria ce que savais faire, la rendre fière de moi. » Pourtant, dès le début du roman, en pleine mer, sur le petit voilier rouge, c’est le drame : « Maria a disparu, et son ours polaire aussi. » Faut-il appeler les secours ? Subir une nouvelle humiliation ? Comment Donald va-t-il se sortir de cette situation ? Qu’est-il arrivé à Maria ? Comment une enfant peut-elle disparaître d’un voilier sans que l’on pense au pire ? Est-ce qu’on peut être plus fort que la mer ?

 

« Les gens normaux évitent l’aventure – ils ont raison. Quand tu escalades une montagne, ton sort est entre les mains de la montagne. Qu’est-ce que ça peut lui faire, à la montagne, si tu tombes ? Mon sort est entre les mains de la mer. Qu’est-ce que ça peut lui faire, à la mer, si j’échoue ? Jusqu’à présent, je voyais dans la mer une compagne, une amie pour faire route ensemble. (…) Mais la mer ne peut pas être une amie. L’eau n’a ni sentiment ni histoire. Elle ne fait rien, elle est, c’est tout. Si elle t’assassine, si elle te noie, il n’y a là rien à chercher que ta propre stupidité. La mer n’est ni une amie ni une ennemie. »


 

Évidemment on ne dira pas ici ce qui va se passer ni comment tout cela va se terminer. Quelques phrases peuvent mettent le lecteur sur des pistes, vraies ou fausses. « Les enfants ne distinguent pas le rêve de la réalité. » Les adultes, si.

Mais « parfois ce serait bien que les adultes en fassent autant. » Ou bien celle-ci, dès le début du livre : « Alors tout se sera passé comme j’ai tellement voulu que ça se passe. » Mais on ne peut en dire plus…

 

A partir de la disparition de Maria le roman devient évidemment plein de suspens, et le romancier mêle en parallèle les chapitres consacrés au passé de Donald – c’est comme ça que petit à petit s’éclaire cette histoire – et ceux qui racontent ses actes plus ou moins désespérés dans la tempête ou, plus tard, sur une mer moins agitée, mais toujours hantés par la culpabilité. Par la résignation, aussi ? « Je n’ai pas le choix. Je ne suis plus maître à bord. » Les phrases sont souvent courtes, notamment dans les passages avec une grande tension, dans les moments de panique. Une dramatisation parfois un petit peu excessive à mon goût, mais un bon roman qui se lit vite – car lorsqu’on est dans la tempête on n’a pas le temps de rêvasser.

 

 

L’auteur
Toine Heijmans est né en 1969 à Nimègue, aux Pays-Bas. Il est l’auteur de reportages.
En mer est son premier roman, paru en 2011. Il a reçu un très bon accueil des critiques autant que des lecteurs et a été traduit en allemand, en hongrois et en danois. La sortie en salles de son adaptation cinématographique est prévue aux Pays-Bas pour la fin de l'année 2013.

 

 

 

Chronique publiée en septembre 2013

sur le site www.ecrivains-voyageurs.blogspot.fr  


 

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